Capteur #240

Un photographe talentueux et inventif, une photographe engagée et une retrospective 2023 IA dégénérative.

Photo couleur montrant un cadre acier rouillé devant des branches d'arbre en hiver sur lesquelles restent encore quelques feuilles roussies sous un ciel nuageux gris.
cadre hivernal – cc by-sa manu’pintor – jan.24

Thomas Morel-Fort est un photographe freelance qui s’investit surtout sur des projets long terme depuis 2016.

Des projets de photojournalisme pour lesquels il a reçu de prestigieux prix, dont le Visa d’Or Camille Lepage en 2019, par exemple.

Copie d'écran du site Web de Thomas Morel-Fort

En parcourant son site, au delà donc de ses reportages (Stories) de qualité, intenses, j’ai été sensible à ses “travaux personnels” (Personal work) sobrement présentés sur le site.

Et puis en apprenant un peu plus sur son parcours dans la partie “à propos” (about) j’ai carrément flashé sur son initiative conjointe avec la photojournaliste Axelle de Russé avec qui il a fondé LE HUBLOT pour “montrer la photographie de façon différente et innovante, à travers des performances artistiques uniques et vivantes.

Et là, la claque ! J’adore l’idée !

Une des deux vidéos disponibles sur le site, pour s’en faire une idée…

Je crois que je vais en toucher un mot à mes amis musiciens et organisateurs de concerts et autres photographes, voire graphistes… On en reparlera peut-être. 🙂

Tish Murtha était une photographe anglaise (d’origine irlandaise) qui a grandie dans les années 60-70 dans une de ces “zones” morbides du côté de Newcastle et s’était mise à la photo “pour prendre des photos de policiers frappant des enfants“…

Ostensiblement, c’était une personne très engagée pour la cause de ses concitoyen⋅nes, les laissé⋅es pour compte, les rejeté⋅es pourtant très exploité⋅es dans cette époque Thatcher.
Sa photographie est de ce registre-là. Et en plus, c’est de la belle photo.

Sa fille, Ella, a repris le flambeau pour que le travail de sa mère soit mieux reconnu, trop tard évidemment mais quand même.

Je ne sais pas encore comment, mais j’aimerais beaucoup voir ce film. En attendant, il y a le site.

La minute IA dégénérative !

Le New-York Times titrait le 26 décembre dernier : A.I. Is the Future of Photography. Does That Mean Photography Is Dead?

En français ça donne : L’IA Est le Futur de la Photographie. Cela Signifie-t-il que la Photographie est Morte ?

Tant l’assertion que la question sont volontairement “punchy”, percutantes. Rien de bien nouveau par rapport aux usages de longue date dans la presse, ça ne s’améliore pas avec l’influence des réseaux sociaux et dans la concurrence que ces médias se livrent, tous les coups sont permis. Pas certain que ça améliore l’information…

On me dira encore que la photographie a toujours évolué depuis ses origines, à preuve qu’aujourd’hui dans le monde on utilise essentiellement le smartphone pour photographier et non plus un chambre photographique comme aux débuts de la photo…

Est-ce pour autant qu’on a définitivement délaissé la chambre, ou la pellicule, voire même les derniers appareils numériques reflex ou hybrides au profit exclusif du smartphone ? Il me semble qu’il y a toujours pas mal de pratiquant⋅es des anciens moyens de prise de vue photographique, voire peut-être même de plus en plus. C’est devenu tendance dans certains milieux.

Qu’est-ce que ça veut dire “le futur de la photographie” ? Dans une vision manichéenne (si prisée sur les réseaux sociaux apparemment), ça signifierait que les précédents moyens sont condamnés à disparaître ? Je n’y crois pas une seconde. J’espère même (encore) que ce sera l’inverse ! Et qu’on photographiera encore longtemps avec tout ce qui permet de le faire.

En revanche, la photographie est-elle en voie de disparition ? C’est une question que je me pose. Déjà parce que je ne regarde plus une seule nouvelle image photographique sans me demander si elle est réalisée par une IA…

Car en 2023 (source)…
Pour la 1ère fois des images produites par IA dégénérative ont gagné des concours photo, et pas des moindres, le poteau rose étant révélé après coup…
Un photojournaliste, Michael Christopher Brown, a créé de toute pièce par IA dégénérative un reportage photo sur les migrants cubains qui font la traversée vers la Floride…
Une grande marque américaine de vêtements a utilisé l’IA dégénérative pour son catalogue, dans l’intention de “augmenter la diversité” des mannequins ! Ben oui quoi, ça coûte moins cher que d’acheter les services de photographe(s), des modèle(s) et tout le staff nécessaire pour ce travail…
On a pu voir dans les médias et autres réseaux sociaux de nombreuses images totalement produites par IA dégénérative, par exemple des scènes où Trump se fait serrer par les flics ou encore le même en prison.
Les fakes news n’en sont qu’à leur début !!!… Ça fait marcher le business de ces croque-morts.
Ces réseaux sociaux, ces pathétiques exhausteurs d’égos, déjà bien lardés de fakes news, en sont bientôt saturés tant les scandales d’images postées, produites par IA dégénératives trompeuses, explosent… Avec tant et tant d’accrocs qui gobent sans réfléchir, car swiper et réfléchir ne sont pas vraiment compatibles, apparemment.
D’ailleurs une image produite par IA dégénérative d’une explosion devant le Pentagone a provoqué un bref krach boursier en mai…
Mieux encore, une photo a été disqualifiée d’un concours, le jury étant persuadé qu’elle était produite par IA dégénérative… Ce n’étaient que des mannequins en plastique.

Et ce n’est certainement que la partie émergée d’un iceberg monumental… mais surtout dans une expansion d’une vitesse (et une accélération !) jusqu’alors jamais vue ! On passe en hyper-espace là. Trop bien !

Et donc oui, la photographie en pâtira très rapidement, je parle bien sûr de la photographie pratiquée par des photographes avec leurs capacités, leurs états d’âme, leurs intuitions, leurs inspirations, leurs cultures, leurs chances même, non pas la prétendue photographie issue des IA dégénératives, plagieuse, approximative, ringarde.
Elle en pâtit déjà, ne serait-ce, en premier lieu, parce qu’on désigne les deux par le même nom. C’est une erreur.

Mal nommer un objet, c’est ajouter au malheur de ce monde.

Albert Camus in Sur une philosophie de l’expression

Ce n’est pas qu’une question de dénomination seule, loin de là…

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3 commentaires sur “Capteur #240

  1. Nathalie Straseele says:

    Merci (notamment) pour la citation de A.Camus, que je ne connaissais pas. Ou que j’avais oubliée…
    Fort pertinente en l’occurrence.

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    Répondre
  2. Sabine C says:

    Le Hublot, les gens sont magnifiques dans cette vidéo, dans cette salle. C’est une belle approche de la société humaine. L’association musique et photos est aussi super ! Vas-y Manu, fais-nous un show !!! 😉

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    Répondre

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