Capteur #237

Un petit dernier pour 2023 avant les fêtes ? Un “billet d’humeur” pour finir cette année.
Mais aussi un photographe lituanien et une expo annoncée à Toulouse.

Photo couleur d'un pot de fleurs dans l'encadrement en pierres brunes d'une fenêtre de maison Asturienne.
bouquet – cc by-sa manu’pintor – Asturias juin 23

C’est l’histoire d’un photographe, de sa photographie “empruntée” sans son accord, ni même sans être consulté et qui se retrouve à devoir payer 3000€ à son voleur, le théâtre public de Rungis…

Ça paraît dingue, mais c’est comme ça la justice.

Cet article d’altermidi.org (2 nov.23) nous raconte l’histoire du photographe Michel Cavalca, prix de la meilleure photo de spectacle de l’année 2018, dont une photo a été reproduite (altérée !) par le “Centre culturel Arc-En-Ciel, Théâtre de Rungis” sur une bâche de très grande dimension puisque recouvrant une façade entière de ce centre.

Tout irait bien si ce théâtre public qui, on l’espère, promeut les artistes et leurs œuvres et les rémunère en conséquence…, financé par la ville de Rungis, le département du Val-de-Marne, la Région Île-de-France et la DRAC Île-de-France, sans parler des entrées, avait obtenu la photo du photographe lui-même et avait conclu un contrat pour cela, et bien sûr une rémunération pour le photographe.

Mais non.

Découvrant la situation, le photographe demande des comptes, on le comprend ! Et n’obtenant pas réellement gain de cause directement auprès du théâtre, en tout cas pas suffisamment, il porte l’affaire au tribunal qui… le condamne à régler 3000€ au théâtre !

Motif ? Le photographe n’a pas su démontrer l’originalité de sa photo. Ce qui autoriserait donc n’importe qui (ou quoi…) à l’utiliser comme bon lui semble. Pour le reste, notamment sur les arguments du tribunal, je vous laisse lire l’article, il est éloquent. Du n’importe quoi en barre.

Ami⋅es photographes auteur⋅rices ou professionnel⋅les, vous savez à quoi vous en tenir !!!

Pour qui n’a jamais eu affaire à un tribunal, ça peut paraître exceptionnel, et on peut penser qu’on peut a priori avoir confiance dans les tribunaux, les juges, les avocats et toute la smalah en robe noire du moment qu’on est dans son “bon droit”.
En ayant personnellement fait les frais au propre comme au figuré, et par ailleurs témoin d’autres cas, je peux garantir que non, un tel retournement inique n’est pas du tout exceptionnel et plus loin on se tient de ces corbeaux mieux on se porte ! Sauf pour qui aime jouer à la roulette russe.

On connait cette photo iconique de Jean-Paul Sartre marchant sur le sable d’une dune. Sans doute moins qui en est l’auteur : le Lituanien Antanas Sutkus.

Phoot noir et blanc d'Antanas Sutkus montrant Jean-Paul Sarte marchant sur une dune de sable
© Antanas Sutkus

Arte.tv lui a dernièrement consacré un documentaire qui va bien au delà de cette seule capture.

Direction la Lituanie pour une rencontre avec l’un des plus grands photographes de l’ère soviétique, Antanas Sutkus. De la violence du régime communiste aux réfugiés ukrainiens, portrait d’un autodidacte au regard profondément humaniste. 

Arte.tv

La prochaine exposition Immersions, en terre Khmère au Cactus dans le cadre des 11 mois, 11 photographes mettra à l’honneur les photographies d’Amélie Boyer.

En 2017, la photographe Amélie Boyer part faire un “roadtrip” en Asie du Sud-Est. Elle arpente le Cambodge pour découvrir la culture khmère et s’imprègne de l’atmosphère, à la fois paisible et rapide, qui s’y dégage durant la saison des pluies. Fascinée par cette multitude de reflets, elle capture le rythme de vie des habitants à travers l’eau. Son travail photographique invite à questionner son propre regard sur une culture étrangère et donne l’illusion d’être transporté entre le rêve et la réalité.

Affiche de l'exposition d'Amélie Boyer au Cactus en janvier 2024

La minute IA générative !

Déjà entendu parler de “data poisoning”, en français d’empoisonnement de données ?

Non ? Oh juste encore un effet au n-ième rebond (comme au billard, oui) de l’IA générative. Le site The Conversation [En] nous explique ce dont il retourne, en français ça donne :

Qu’est-ce que l'”empoisonnement des données” ?

Les générateurs texte-image fonctionnent en s’entraînant sur de grands ensembles de données comprenant des millions ou des milliards d’images. Certains générateurs, comme ceux proposés par Adobe ou Getty, ne sont formés qu’à partir d’images dont l’entreprise est propriétaire ou pour lesquelles elle dispose d’une licence d’utilisation.

Mais d’autres générateurs ont été formés en récupérant sans discernement des images en ligne, dont beaucoup peuvent être protégées par des droits d’auteur. Cette situation a donné lieu à une série d’affaires de violation des droits d’auteur dans lesquelles des artistes ont accusé de grandes entreprises technologiques d’avoir volé leur travail et d’en avoir tiré profit.

C’est là qu’intervient l’idée de “poison”. Des chercheurs désireux de donner plus de pouvoir aux artistes individuels ont récemment créé un outil appelé “Nightshade” (intraduisible, littéralement “morelle” une plante toxique) pour lutter contre le “scraping” (raclage, grattage) d’images non autorisé.

L’outil fonctionne en modifiant subtilement les pixels d’une image d’une manière qui fait des ravages dans la vision informatique, mais qui laisse l’image inchangée aux yeux d’un être humain.

Si une organisation utilise ensuite l’une de ces images pour entraîner un futur modèle d’IA, son réservoir de données est “empoisonné”. L’algorithme peut alors apprendre par erreur à classer une image comme quelque chose qu’un humain saurait visuellement être faux. En conséquence, le générateur peut commencer à renvoyer des résultats imprévisibles et inattendus.

Data poisoning: how artists are sabotaging AI to take revenge on image generators

En clair, là où le prompt d’un⋅e utilisateur⋅rice d’une de ces IA génératives invoquera un ballon rouge dans un ciel bleu, la réponse pourra être, par exemple, un œuf ou une pastèque…

Et bien sûr, plus il y aura d’images empoisonnées, plus les productions de ces IA génératives seront décalées ! Car selon le fonctionnement de l’IA générative, les dommages causés par les images empoisonnées affectent également les mots clés connexes. Par exemple, si une image empoisonnée d’une Ferrari est utilisée dans les données d’apprentissage, les résultats du prompt pour d’autres marques de voitures et pour d’autres termes connexes, tels que véhicule et automobile, peuvent également être affectés.

Évidemment, et on s’en doute bien !, les géants du numériques derrière ces IA génératives qui leur rapportent tant ne restent pas les bras croisés et imaginent des parades technologiques. Ce qui m’a un peu étonné c’est que l’IA (la vraie, pas l’IA générative ce gadget balancé aux consommateurs pour collecter encore plus de données) ne soit pas explicitement mise à contribution… Je vous laisse lire la fin de l’article en question (deepl.com, voire son extension pour navigateur Web, vous le traduira plus que correctement).

En attendant, ces IA génératives qui explosent littéralement (et pas que pour les images !) ont un impact environnemental déjà colossal et ce n’est qu’un début avec cette surenchère technologique pour contrecarrer les empoisonnements de données !
Mais ça… qui s’en soucie ?!

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4 commentaires sur “Capteur #237

  1. Arnaud Chochon says:

    J’ai lu l’article concernant le photographe Michel Cavalca. C’est totalement fou cette histoire. Il veulent bien payer 1500 euros au départ donc ils affirment que c’est bien le photographe ! mais pour une somme plus importante ils demandent d’apporter la preuve… et concernant le cadre, la lumiere … là aussi la bonne blague !

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    1. manu' says:

      Et tu auras peut-être aussi noté qu’il n’aura pas fait appel pour raison économique.
      Là, pas question d’une cagnotte à laquelle d’autres photographes et sympathisant⋅es auraient contribué pour l’aider à porter l’affaire en appel et obtenir gain de cause et surtout jurisprudence dans le bon sens.
      Comme si ce qui s’est passé là ne pendait pas au nez de tou⋅tes les autres photographes, pro ou amateur !
      Et ça fera jurisprudence, tu verras.

      Mieux vaut assassiner en uniforme un gamin de sang froid et récolter plus d’un million d’euros de cagnotte que de faire des photos, moi je dis !

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  2. Arnaud Chochon says:

    Interessant ces images empoisonnées. Ce qui est triste c’est que c’est aux auteurs de trouver des parades (dont les développeurs Gafam, IA,… vont certainement comme tu le disais trouver rapidement des solutions pour contre carrer) et non la justice, les pouvoirs publics de faire respecter le droit d’auteur.

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