Un voile (nuageux) sur le traitement photo

En février dernier Ph.Durand publiait une chronique « l’essentiel point de vue » dans le Réponses Photo n°287, titrée « Le nuage en or d’Adobe ». De l’art de la pirouette ?

Street art, Lisbonne, auteur non identifié

Street art à Lisbonne, auteur non identifié, photo CC BY-SA manu’pintor – lepassepartout.fr

Adobe, pour ceux qui ne connaissent pas (s’il en existe), est un des plus gros éditeurs de logiciels. Ils ont fait le quasi-incontournable Acrobat Reader, ce logiciel de visualisation des fichiers pdf devenu une usine à gaz mais qu’on peut heureusement remplacer par des lecteurs bien plus légers, mais aussi le sempiternel Photoshop pour le traitement d’image ou encore Lightroom pour la photographie. Le catalogue d’Adobe comprend bien d’autres logiciels encore.

Bon, pour couper court à toute interrogation, je dois préciser que pour beaucoup je suis un ovni par rapport à tout ce qui touche à l’informatique, y compris donc celle qui permet de traiter nos photos. Ça tient sans doute à ce que je suis informaticien depuis 30 ans et probablement plus conscient des enjeux que représente l’informatique pour la société, sur les modèles économiques qui s’y rapportent et sur les conséquences que cela induit et induira de plus en plus.
Dans cet état d’esprit, je ne travaille pratiquement qu’avec des Logiciels Libres ou Open Source (ne pas confondre avec les graticiels) à commencer par mes ordinateurs sous Linux/Ubuntu, et m’en contente parfaitement depuis une 10aine d’années, avec une utilisation très largement au dessus de la moyenne.

Pour moi, le cloud est juste la dernière trouvaille des éditeurs de logiciels pour mieux verrouiller leurs clients afin de réaliser les profits escomptés, tout en réduisant les coûts de production. D’ailleurs, jusqu’alors parmi les utilisateurs de logiciels Adobe (ou autre) sous licence propriétaire que je connais, je ne suis pas certain que 10% aient seulement jamais payé le moindre kopeck à l’éditeur, en fait pratiquement que des logiciels crackés. C’est un manque à gagner conséquent pour ces entreprises.
Pas de méprise ! Il est pour moi tout à fait dans l’ordre des choses qu’une entreprise cherche à faire du profit, sans quoi elle périclite. Le problème est ailleurs.

D’ailleurs, le titre de l’article et ses deux premiers paragraphes insistent sur l’affaire que ce creative cloud représente pour Adobe : 4,8 milliards de dollars de CA, 16% de croissance, avec un afflux récent d’amateurs et d’indépendants. Bref, ça semble pas mal tourner pour Adobe et avec ce nouveau mode cloud ce n’est pas demain que ça pourra changer : déjà 6 millions d’abonnés. Combien iront vraiment voir ailleurs quand Adobe changera ses conditions ? Et le pourront-ils alors vraiment ?

On lit donc dans cette chronique un plaidoyer en règle contre Adobe… jusqu’au dernier paragraphe et là : pirouette cacahuète ! Je cite : « il serait pourtant dommage de ne s’en tenir qu’à cette image négative car au fond, cette mutation vers des logiciels intimement intégrés via le cloud, une circulation entre différentes plates-formes avec la disponibilité de petites apps spécialisées, un prise en compte des différents modes de diffusion des images, tout cela est une solution d’avenir ».

J’ai beau savoir un peu de quoi retourne l’intégration logicielle, je reste dubitatif sur la formule « des logiciels intimement intégrés via le cloud », et faute de précision, ça reste un gros pipeau marketing pour moi.
En revanche, avec des standards d’interfaces ouvertes (le propre des Logiciels Libres) il est beaucoup plus aisé d’intégrer des logiciels entre eux, peu importe qu’ils soient en cloud ou bien sur votre machine…

« Une circulation entre différentes plates-formes » et je me gratte encore la tête… Fallait-il atteindre le nombre de mots attendu pour la chronique ? Par plate-forme faut-il comprendre les machines et leurs systèmes ? Parce que creative cloud marcherait sur un PC/Linux ? Ah ? Depuis quand ?
Les utilisateurs sous Linux intéressent tellement peu Adobe qu’ils en ont même arrêté le développement du lecteur flash (une sacré cochonnerie soit dit en passant) pour cette plate-forme.

« Tout cela est une solution d’avenir » et un peu plus loin « […] tout le monde y viendra. »
Ben voyons ! 😀 Ite, missa est.

Demain la pensée unique en matière de traitement photo, sous l’œil bienveillant d’Adobe !…
Imagine-t-on une seule seconde prendre tous des photos avec le même matériel ? Rouler tous avec la même voiture ? Regarder la même émission sur la même télé ? Être assuré par la même compagnie ?…
Pour tout ce qui concerne l’informatique (smartphones inclus), c’est pourtant déjà ainsi. Et rares sont ceux qui ont une autre conception des choses, il y a plusieurs explications à cela : historique, mais pas que. En attendant, plus ça va plus les monopoles s’installent, avec l’accord tacite d’une foule qui s’imagine que c’est une solution d’avenir et que de toute manière tout le monde y viendra…

Mais pour finir : « L’offre de logiciels de traitement d’images n’a donc jamais été aussi dynamique —en particulier sur la plate-forme Apple ».
Amen !

Quand on connaît les tirages qu’il y a eu à une époque entre les deux géants de l’informatique (pour Flash, tiens !), ça prête à sourire. Mais en l’occurrence, j’opterais plutôt pour un peu de démagogie à l’attention de lecteurs photographes souvent équipés d’un Mac, comme c’est l’usage dans certains milieux. Le must étant de shooter avec un Leica et de traiter ses RAW avec un Mac et Lightroom. (Ou comment se faire des amis en deux phrases ! 😛 )

Relire « Mythologies » de Roland Barthes, le Leica existait, pas encore le Mac ni Lr, mais on y trouvera son compte quand même !

Alors oui, on va me demander, peut-être, quelle alternative je mettrai en avant qui permette d’échapper à l’hégémonie du cloud, voire d’Adobe tout simplement ? Ce sera le sujet d’un prochain article !

Et puis… n’oublions pas non plus que pas de connexion Internet, pas de cloud. :mrgreen:

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