40 ans, et la photo pour mémoire

En 2015 on commémore beaucoup d’anniversaires de fins de conflits et de guerres atroces qui ont été commises au XXème siècles. Les 70 ans de l’armistice du 8 mai 45 bien sûr, mais pour cet article je voudrais parler d’une guerre qui m’a marqué peut-être plus encore : la guerre du Viêt Nam, qui aura durée 20 ans entre novembre 1955 et le 30 avril 1975, soit exactement il y a 40 ans aujourd’hui, et que de nombreux photographes ont couverts dans des conditions exceptionnellement difficiles.

Photographie Horst Faas/AP

Hovering US Army helicopters pour machine-gun fire into the tree line to cover the advance of South Vietnamese ground troops as they attack a Vietcong camp 18 miles north of Tay Ninh, near the Cambodian border, in March 1965. Photograph: Horst Faas/AP

Cette photo fait partie d’une série à voir sur le site du Guardian [En].

40 ans plus tard au vu de ce qu’est devenu le Viêt Nam depuis on peut, une fois encore, se poser la question d’être de cette guerre qui aura fait des centaines de milliers de morts militaires et civils, laissé des stigmates pour longtemps et des infirmes encore aujourd’hui à cause de cet agent orange ultra-toxique que Monsanto notamment fournissait à l’armée américaine. Sans oublier ces victimes ultérieures des deux côtés, par exemple le nombre de suicidés parmi les vétérans américains supérieur aux morts au champs de batailles…

Les conflits armés et les guerres n’ont pas cessé, il ne faut pas oublier non plus qu’ils attisent des marchés plus que considérables…

On entend beaucoup parler du « devoir de mémoire » dans les média, et j’ai souvent le sentiment que c’est une notion qui, à force d’être rabâchée à nos oreilles, finira plus tôt que tard à perdre beaucoup de son sens, comme bien d’autres expressions fortes de sens avant elle, tant nous nous sentons de moins en moins concernés par ce qui se passe ici ou là dans le monde, y compris à notre porte.

Ces photos qui nous restent de cette guerre de plus de vingt ans, en définitive si on y ajoute la guerre d’Indochine qui l’a précédée (1946-54), contribuent au premier chef à ce devoir de mémoire. Elles sont pour moi, occidental n’ayant jamais mis les pieds dans cette région du monde, encore moins à cette époque, la toute première « mémoire » de ce qui s’y est commis, bien avant tout autre récit et même les quelques films qu’on a l’occasion de voir ou revoir sur certains canaux parmi les moins commerciaux (Arte, LCP, …).
La photographie a cet énorme avantage sur l’image animée qu’elle ne requiert qu’un bout de papier pour être vue et transmise à d’autres. Ou à notre ère du numérique à tous les étages, juste quelques centaines d’octets rapidement téléchargés en comparaisons des centaines de milliers d’octets d’une vidéo. Cette accessibilité de la photo est sa force par rapport à ses « concurrents ». On la retrouve dans un journal, une revue, sur un mur, une affiche, un site web, etc… Elle est partout, aisément reproductible (je passe sur les histoires de copyright…), elle dure. Elle est agile !

Et puis elle ressurgit ici ou là, au fur et à mesure que le temps passe, comme pour raviver un peu une mémoire qui s’estomperait petit à petit, jusqu’à disparaître. Et ce serait alors vraiment grave.

Je ne cesse de louer ces photographes pour leur travail sur ces zones ultra-dangereuses, dans le passé comme pendant cette guerre du Viêt Nam jusqu’aujourd’hui dans tous ces conflits qui ne font qu’augmenter tout autour de l’Europe (de l’Ouest Africain jusqu’ à l’Ukraine c’est toute une ceinture de guerres/conflits qui entourent l’Europe !). Mon admiration date d’ailleurs pratiquement de la même époque que cette fin de la guerre du Viêt Nam, j’avais 14 ou 15 ans.

C’est presque même une fascination. Je m’interroge souvent sur les motivations profondes qui poussent ces photographes à encourir de tels dangers, parfois/trop souvent au prix de leur vie.

Quelles que soient leurs motivations, je voudrais juste affirmer ici à quel point je les remercie pour leur implication majeure sur ce devoir de mémoire en question, même si cela peut paraître de plus en plus désuet à une époque où chacun « n’en a plus que pour sa pomme », préfère « ne pas trop en savoir » et largement plus flatter son ego sur des réseaux prétendument sociaux.

Ces photos persistent à montrer des réalités d’hier et d’aujourd’hui ; au delà d’une mémoire, elles nous font prendre conscience de ce qu’il faut s’attacher à préserver activement avant tout : la paix. Et tout comme la liberté, la paix, pour une génération comme la mienne et les suivantes qui avons le bonheur de n’avoir connu qu’elle, ne devrait pas signifier quelque chose qu’à partir du moment où elle nous aura été confisquée.

Commentaires ( 0 )

    Laisser un commentaire

    Votre adresse mail ne sera pas publiée. Les champs requis sont marqués *

    Scroll Up