Les affres du photographe de rue (droit à l’image inside)

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Je lisais avec attention, et un certain plaisir j’avoue, un article du Réponse Photo 272 spécial noir & blanc et l’art de la street photography, un domaine qui me motive bien même si dans la pratique c’est pas encore tout à fait ça. Un article sur le droit à l’image opposé au droit à l’information et à la liberté d’expression.

Une des questions mega-récurrentes autour de la photo de rue c’est « mais t’as le droit de photographier des gens dans la rue sans leur demander leur autorisation ? ». Le spectre du droit à l’image. Il faut dire que parfois certain(e)s ont des réactions carrément violentes dès qu’ils/elles se voient visé(e)s par un photographe. Un peu comme si, jugeant incivilisée l’attitude du photographe ces « victimes » s’autorisent en retour un comportement encore plus incivilisé… Du n’importe quoi en barre.
Je ne suis pas en train de dire que n’importe qui peut prendre n’importe qui d’autre en photo dans la rue sans lui poser la question. Tout est affaire de circonstances et dans certains cas il sera dans l’ordre des choses de poser la question, dans d’autres pas du tout sous peine de perdre tout l’intérêt à faire cette photo.

Par exemple cette photo d’une jeune femme « s’auto-portraitisant » elle-même (un selfy !) dans la rue, que j’ai photographiée en moins de 5 secondes dès que je l’ai repérée.

Selfy

A contrario, j’ai demandé à ces deux musicos l’autorisation de les photographier.

Musicos

Dans un cas comme dans l’autre, j’imagine pas faire autrement !

Ça fait déjà un moment que, étant le premier à m’interroger sur le sujet j’avais cherché la réponse, et je répondais « oui oui tu peux prendre des gens dans la rue tant que tu n’atteins pas à la dignité de la ou des personnes photographiées et que montrer la photo ne lui/leur porte pas de préjudice grave ». Et d’ajouter « a fortiori, quand ce sont des personnes qui assistent à une manifestation publique, genre un spectacle de rue, une manif… ». Mais je voyais bien que mes interlocuteurs ne semblaient pas convaincus, que ça leur paraissait trop incertain… Pourtant la loi est assez claire, et ça dépend des pays aussi, enfin de leurs lois.
Et puis il y a des livres sur le sujet, je pense par exemple à ceux de l’avocate-photographe Joëlle Verbugge, très bien documentés et rédigés. Mais les croyances populaires ont la peau dure !

Enfin bref, l’article en question dans le RP 272 évoque le cas d’une femme prise en photo par le président d’un photo-club lors de son mariage, qui attaque le photo-club au motif qu’une photo d’elle (en mariée) figure sans son consentement dans un livre réalisé à la demande de la mairie. Ça se passe 5 ans après la diffusion du livre, elle s’estime flouée et qu’il y a préjudice. Et bien sûr elle demande des dommages et intérêts pour un montant que le club ne peut se permettre.

Elle finira déboutée par le juge, et condamnée en dernier ressort (sans appel) à verser une somme d’argent au club. Pour les détails, ben lisez l’article ! 😀

Ce qui est malheureux pour le club dans l’affaire, je trouve, c’est que le montant qu’elle a été condamnée à verser au club était bien inférieur aux frais d’avocat engagés pour sa défense, sans parler de toutes ses activités (expos, …) suspendues pendant toute la procédure.

Outre la loi, ce qui a sans doute desservi la plaignante, c’est qu’il n’a pas été difficile du tout de trouver sur le net des photos d’elle et bien plus (nom, date de naissance, détails de sa vie privée, …), y compris donc une photo de son mariage pour photo de profil !

Un forme d’inconsistance assez révélatrice, je dirais…

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