Des pointures inconnues

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Au rythme de mes lectures et autres pérégrinations dans les salles d’expo, je constate coup sur coup que deux pointures de la photographie jusqu’alors inconnues sont révélées au grand public. Sans doute un pur hasard. Je parle de Vivian Maier et d’Adolfo Kaminsky dont presque personne n’aura entendu parlé avant qu’ils ne soient découverts, l’une à titre posthume, l’autre à un âge bien avancé.

Un film documentaire actuellement dans les salles, « À la recherche de Vivian Maier » de Charlie Siskel et John Maloof, permet de découvrir la profusion incroyable de photos, souvent de la très belle street photo, mais aussi la personnalité pas ordinaire pour deux ronds de cette femme au parcours atypique. Même si, comme on peut s’en douter (*), ce docu est sans doute plus destiné à remplir les poches de ses auteurs que de véritablement montrer les œuvres de Vivian Maier, c’est un film à voir et surtout pister la prochaine expo dans le secteur, car tant en France qu’en Belgique c’est trop tard…

Quant à Zaminski, faussaire pendant les années de guerre, on aura pu admirer son travail jusqu’à la fin de ce mois à l’ancien tribunal de Lectoure (Gers) : beaucoup de belles choses également !

Pour l’une comme pour l’autre, leur travail semble ne pas avoir été rendu public par choix, et apparemment pas par manque de soutien. Car c’est souvent une des raisons qui fait que, en photo comme dans les autres arts créatifs, un talent n’atteint jamais son public.

Ce qui me fascine, toujours, ce sont ces créateurs pour qui, créer n’est pas synonyme de gagner de l’argent, voire qui même s’écartent volontairement du marché. L’essence même de la création, à une époque où c’est l’inverse qui préside dans les esprits de beaucoup de « jeunes créateurs » : monétiser leurs créations, pratiquement réduites à de simples « produits ». Et le XXème siècle n’était pas bien différent de la période actuelle. Je ne sais pas au juste si telles étaient les (non) intentions de V.Maier et A.Kaminski, ou s’ils ne souhaitaient simplement pas montrer leur travail, acquérir une probable notoriété et, presque par conséquent, gagner de l’argent sur la cession de leurs œuvres.

Mais la création ne s’adresse-t-elle pas à un public ? Créer pour ne pas montrer, c’est vraiment un acte de création ?

Pas de méprise : il me paraît dans l’ordre des choses qu’un créateur, un artiste puisse aussi escompter vivre de la vente de ses œuvres, au moins en partie, surtout quand ce n’est pas l’objectif premier. Je serais en revanche sans doute plus critique à l’égard des « intermédiaires » de ces marchés. Mais ça c’est une autre histoire !…

(*) À lire : « A la recherche de Vivian Maier», l’argent, l’argentique et le numérique… », Olivier Beuvelet sur le Club Mediapart.

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Il y a 7 années

Salut,

L’article de mediapart est très intéressant. Merci du lien.
Celui dit très bien ce que l’on ressent depuis cette découverte il y a quelques années et sa permanence en tête de gondonle des librairies… La conclusion résume bien cette situation : « Ce film très intéressant nous dit qu’elle a surtout trouvé un nouveau patron. »

Un article en dernière page de réponses photo de ce mois-ci effleure la même question en définissant, si j’ai bonne mémoire, l’artiste comme celui qui crée d’abord pour lui même, par nécessité, sans même toujours développer son négatif… Vivian Maier fut de ceux-là visiblement. Cette exploitation posthume apparaît par certains aspects assez loin de l’humble nécessité intime de l’auteur.

Je n’ai pas eu le temps d’aller voir le film, encore.

ciao

A+

Il y a 7 années

Un nouvel épisode (anglais) de « l’affaire » Maier qui pourrait bien nous cacher encore une fois son travail remarquable…

Il y a 7 années

À noter dans les agendas : Soirée Vivian Maier avec Anne Morin et Cinéma Utopia, lundi 24 novembre 2014. (http://www.galeriechateaudeau.org/web/spip.php?article247)

Il y a 6 années

J’ai l’impression que les rebondissements dans cette « affaire Maier » n’ont pas fini de défrayer la chronique…

Jeffrey Goldstein, l’homme qui a acquis le plus de négatifs de Vivian Maier (env. 17500) après John Maloof (env. 150000), vient de les vendre à la galerie Stephen Bulger de Toronto.

Lire ici en anglais « Toronto Gallery Buys Jeffrey Goldstein’s Entire Collection Of Vivian Maier Negatives » : http://www.streetshootr.com/toronto-gallery-buys-jeffrey-goldsteins-entire-collection-vivian-maier-negatives/

On a donc, pour certains négatifs (15%), une propriété des négatifs à une galeriste canadien et un copyright de ces mêmes négatifs au Cook County dans l’Illinois aux USA.

Et apparemment plus la possibilité de voir de nouvelles photos de Vivian Maier tant que la question de la succession n’est pas réglée.

SUPER ! :o/